AI-RAN et réseaux AI-native - MWC 2026 marque un cap
AI-RAN et réseaux AI-native passent du concept au terrain à MWC 2026 - essais en conditions réelles, outils open source et coalitions 6G se structurent.
L’édition 2026 du Mobile World Congress a acté un basculement concret - l’AI-RAN et les réseaux AI-native ne sont plus une promesse associée à la 6G, mais un chantier industriel déjà en cours. Cette année, les annonces ne se sont pas limitées à des visions - elles ont apporté des résultats d’essais sur le terrain, des lancements produits, des outils open source et des engagements multi-opérateurs.
Pour les DSI, responsables réseau et décideurs IT, l’enjeu dépasse la seule téléphonie mobile. La façon dont la connectivité est fournie, opérée et potentiellement monétisée évolue vers un modèle plus proche du cloud - piloté par logiciel, itératif et de plus en plus automatisé.
Nvidia fédère une coalition autour de la 6G AI-native
Nvidia a obtenu l’engagement de plus d’une douzaine d’opérateurs et d’acteurs technologiques (dont BT, Deutsche Telekom, Ericsson, Nokia, SK Telecom, SoftBank, T-Mobile, Cisco et Booz Allen) pour construire la 6G sur des plateformes ouvertes, sécurisées et nativement pilotées par l’IA. L’objectif affiché - rendre l’infrastructure de connectivité plus intelligente, résiliente et digne de confiance, avec des collaborations impliquant aussi des acteurs publics aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Europe, au Japon et en Corée.
Le positionnement est clair - l’IA redéfinit l’informatique et les télécoms deviennent le prochain terrain d’industrialisation. Nvidia s’appuie notamment sur l’AI-RAN Alliance (plus de 130 entreprises participantes) et sur des initiatives visant à accélérer des architectures 6G ouvertes et software-defined.
Côté outillage, Nvidia a aussi dévoilé un ensemble de ressources destinées aux opérateurs - un modèle Nemotron Large Telco Model de 30 milliards de paramètres, un guide open source (co-publié avec Tech Mahindra) pour créer des agents capables de raisonner comme des ingénieurs NOC, et des blueprints orientés efficacité énergétique RAN et configuration réseau. Un point important - l’approche vise à tester des politiques d’économie d’énergie en boucle fermée avant tout déploiement sur réseau vivant, en intégrant des outils de simulation.
Liens utiles - annonce officielle Nvidia : http://nvidianews.nvidia.com/news/nvidia-and-global-telecom-leaders-commit-to-build-6g-on-open-and-secure-ai-native-platforms
Nokia fait sortir l’AI-RAN du labo avec des tests over-the-air
Nokia a mis en avant une étape souvent décisive dans l’adoption - la validation en conditions réelles. L’équipementier a annoncé des tests fonctionnels de son logiciel anyRAN sur la plateforme AI-RAN accélérée par GPU de Nvidia, avec T-Mobile US, Indosat Ooredoo Hutchison (IOH) et SoftBank. Le message - on ne parle plus uniquement de démonstrations contrôlées, mais d’exécution simultanée de charges IA et RAN sur une même infrastructure.
À Seattle, au centre d’innovation AI-RAN de T-Mobile, une radio AirScale Massive MIMO en bande 3,7 GHz a exécuté en parallèle des workloads RAN et IA (streaming vidéo, requêtes d’IA générative, sous-titrage vidéo assisté par IA) sur un serveur Nvidia Grace Hopper 200, tout en coexistant avec de la 5G commerciale.
De son côté, IOH a annoncé un jalon régional - un appel 5G Layer 3 propulsé par AI-RAN, avec exécution simultanée des charges IA et RAN sur une infrastructure GPU partagée. SoftBank a ajouté une dimension business - la capacité à identifier des ressources de calcul disponibles via son orchestrateur et à exécuter des charges IA tierces, ouvrant la voie à une monétisation de l’infrastructure RAN au-delà de la connectivité.
Enfin, Nokia élargit son écosystème (Dell, Quanta, Supermicro, Red Hat OpenShift pour l’orchestration), ce qui renforce l’idée d’options commerciales “off-the-shelf” pour industrialiser l’AI-RAN.
Ericsson mise sur le silicium dédié plutôt que sur les GPU
Ericsson a défendu une trajectoire différente vers les réseaux AI-native. Plutôt que d’adosser l’AI-RAN à des GPU, l’équipementier a présenté dix nouvelles radios “AI-ready” reposant sur son propre silicium, avec des accélérateurs de réseaux neuronaux intégrés directement dans le matériel Massive MIMO.
Les fonctionnalités mises en avant couvrent notamment le beamforming géré par IA, le positionnement outdoor assisté par IA, la prédiction instantanée de couverture via modèles, et un ordonnanceur priorisant la latence avec des temps de réponse annoncés jusqu’à sept fois plus rapides. L’argument central - le coût total de possession et l’efficacité énergétique, avec en plus une forme d’indépendance de chaîne d’approvisionnement.
Ericsson a également annoncé une collaboration étendue avec Intel autour du compute, des technologies cloud et de cas d’usage RAN et cœur de réseau pilotés par IA, pour accélérer la préparation de l’écosystème à la 6G AI-native. Dans cette vision, la 6G n’est pas seulement une évolution mobile - c’est une infrastructure destinée à distribuer l’IA entre terminaux, edge et cloud.
Les opérateurs accélèrent la refonte AI-native de bout en bout
Au-delà des fournisseurs, certains opérateurs ont clarifié l’ampleur des transformations internes nécessaires. SK Telecom a décrit une reconstruction “full stack” AI-native, du cœur de réseau jusqu’aux systèmes de service client, avec l’ambition de faire évoluer son modèle de fondation souverain de 519 milliards à plus d’un trillion de paramètres, et de construire un nouveau data center IA en Corée en collaboration avec OpenAI.
En parallèle, l’opérateur veut étendre les opérations réseau autonomes - automatisation de la qualité radio, contrôle du trafic, opérations sur les équipements - avec l’AI-RAN comme levier pour améliorer les débits et réduire la latence.
SoftBank a, de son côté, démontré un système d’Autonomous Agentic AI-RAN (AgentRAN) avec Northeastern University (INSI), Keysight et zTouch Networks. L’idée - traduire des objectifs exprimés en langage naturel en configurations réseau 5G et 6G en temps réel, ce qui rapproche les réseaux d’un pilotage “par intention” plutôt que par paramétrage manuel.
Un écosystème matériel se structure pour l’AI-RAN
Un autre signal fort observé à MWC 2026 - la densité d’acteurs hardware qui industrialisent des produits dédiés à l’AI-RAN. Quanta Cloud Technology a annoncé des offres commerciales sur étagère compatibles avec les plateformes Nvidia ARC et les logiciels Nokia. Supermicro a étendu son support à l’ensemble du portefeuille Nvidia AI-RAN (dont ARC-Pro et des configurations basées sur RTX 6000). MSI a présenté une plateforme unifiée AI-vRAN avec allocation dynamique de GPU entre charges 5G et IA.
Lanner Electronics a lancé la gamme AstraEdge AI Server (ECA-6710 et ECA-5555), conçue pour co-localiser inférence IA, fonctions RAN et traitement paquet haute performance au niveau des sites cellulaires. AMD a également poussé son approche edge avec EPYC 8005 et son initiative Open Telco AI, positionnée comme une alternative pour passer des pilotes IA à la production.
Lien utile - annonce officielle Nokia : https://www.nokia.com/newsroom/nokia-accelerates-ai-ran-momentum-with-new-partnerships-driving-path-to-ai-native-6g-mwc26/
Ce que cela change pour les entreprises et la stratégie edge
Pour les entreprises, l’impact ne se limite pas aux achats télécoms. Des réseaux AI-native qui évoluent en continu via logiciel - plutôt que par cycles lourds de renouvellement matériel - rapprochent la connectivité d’une logique cloud, avec davantage de flexibilité et un rythme d’innovation plus rapide.
L’intégration de capacités de calcul au sein du RAN ouvre aussi une perspective structurante - exécuter certaines charges IA au plus près de la donnée, à l’edge réseau. Cela peut réduire la latence, améliorer la réactivité et faciliter des cas d’usage temps réel (industrie, vidéo, sécurité, mobilité). En parallèle, la possibilité d’exploiter des ressources de calcul “inutilisées” dans l’infrastructure radio pose la question de nouveaux modèles économiques pour les opérateurs.
Le débat d’architecture reste ouvert - silicium dédié (Ericsson) versus accélération GPU (Nokia-Nvidia). Il ne s’agit pas uniquement d’une rivalité technologique - c’est une question de placement de l’inférence IA, de consommation énergétique, de coûts d’exploitation et de dépendances industrielles. Ces arbitrages vont influencer les appels d’offres, les partenariats et la feuille de route 6G.
Conclusion
MWC 2026 a rendu visible une réalité - l’AI-RAN et les réseaux AI-native entrent dans une phase d’exécution. Les essais over-the-air se multiplient, les produits matériels se standardisent, et des coalitions se forment pour ancrer la 6G dans des fondations ouvertes et pilotées par l’IA. Pour les entreprises comme pour les opérateurs, la question n’est plus de savoir si la transition aura lieu, mais à quelle vitesse elle va transformer la connectivité et l’edge computing.
